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Affichage des articles du novembre, 2003
ça me fait toujours rire ces diaristes du Web, avec leurs messages sévères avertissant que tout ce qu'ils écrivent est copyright, et que toute utilisation sans le consentement de leurs auteurs, gna gna gna. A ceux-là j'aurais envie de répondre : êtes-vous sûrs que vos textes sont assez bons pour qu'on ait envie de les pomper, ô présomptueux ?
Les Variations Goldbergs jouées aux violons : loin de l'austérité de Gould, nous restituent cette tendre effusion qu'il y a souvent dans la musique de Bach, qu'il y a dans ses concertos pour violon ou haubois. Enfant, chez mon maître de musique, il y avait un portrait de Bach dans la salle de solfège. Perruque imposante, apparence sévère, mais seulement d'apparence... il me semblait répéter devant un maître impassible hormis un sourire de coin, une affection amusée dans les yeux.

La douceur des cordes et ces violons qui se répondent accentuent ce que l'on oublie un peu dans le jeu du clavier : c'est que ces notes ne sont pas assemblées pour une seule mélodie mais se répondent, jouent un dialogue. Il y a dans d'autres oeuvres d'autres compositeurs des lignes mélodiques assemblées dont l'assemblage même donne la mélodie, un peu comme un cordon tressé de plusieurs fils; mais on sent que ces lignes si elles se complètent, vont dans la même direction. Là …
La musique de Toru Takemitsu. La musique contemporaine et sa mélodie brisée, éparse, est bien à l'image du monde. Avant l'art était religieux, la musique aussi. Il y avait un sens, une ligne, on donnait un point de départ et un point d'arrivée, quelques échappées entre, rondos d'arabesques, pirouettes, on retombait toujours sur la bonne ligne d'arrivée. L'écoute de la musique atonale n'est plus un hymne à l'Histoire humaine mais elle laisse échapper son désordre. La musique contemporaine se lit comme le désordre du monde, des manchettes de presse, du bruit, des voix, des coups de canon, c'est comme si l'on zappait sur toutes les chaînes du monde. Dans tout ce collage assemblé on cherche une cohérence cachée, on y croit, comme à l'écho du big bang qui ronfle dans l'univers, ronronnement rassurant de chaudière qui nous dit que la maison n'est pas morte.

Mais la musique de Takemitsu est buccolique. Il y a un génie japonais qui met autant…
Grande découverte médicale à Fresnes : les prisonniers les plus perturbés psychiatriquement sont soignés avec succès par la musicothérapie et l'aromathérapie. Alors que depuis Rhazès le grand psychosomaticien persan du IX° siècle, toute l'ancienne psychiatrie musulmane reposait là-dessus, des hôpitaux beaux et lumineux, comme le Bimarestan d'Alep (13° s), de la musique, des parfums et des épices, et même de la lecture de poèmes comme à l'hôpital ottoman de Manisa (16°)...
Le clair-obscur de Mozart et celui de Beethoven, dans leurs concerti pour piano. Mettons par exemple le concert n° 21 K. 467, (premier mouvement), et le n° 25 K. 595 (le second mouvement) pour Mozart, et pour Beethoven le concerto n°4 (premier mouvement) et le concerto n°5 (premier mouvement). Le clair-obscur de Mozart, comme chacun sait, est un sourire dans les larmes, un sourire de pleurs, le rire en pleurs d'Andromaque. Mais les notes du piano du premier mouvement de l'Empereur, petites notes obstinées et martelées sur le clavier, ne sont pas un sourire à travers la tristesse, ce sont les notes du courage, de cette petite voix intérieure qui chuchote vas-y quand même.
La semaine littéraire

Le Récital des anges. Pas mal, je le répète quand il s'agit de parler de l'enfance je trouve les Anglo-saxons incomparables. En France, c'est soit l'indifférence, soit la cucuterie. Ou alors les chiards anglophones sont plus drôles et plus éveillés que les nôtres ?

Le Sacre de Louis XVII. Un beau livre, poésie de l'adn, mystique de l'adn même, et plus digeste que ce qu'écrit Dantec là-dessus.
Dans le Roméo et Juliette de Prokoviev, la Marche des Capulet, qu'elle soit jouée en orchestre ou au piano m'enthousiasme toujours autant. Ce n'est pas un air "martial" au sens où on entendrait une marche militaire, c'est plus que la marche d'un régiment, puisque c'est la marche du destin, quelque que chose de terrible finalement, mais la tragédie a tout de même un côté enthousiasmant quand on y court. C'est plus alerte cependant que l'arrivée du Commandeur dans Don Giovanni. C'est ce quelque chose d'épouvantable, d'orageux, que l'on adore entendre gronder. Oui, cela me fait le même effet que la beauté symphonique de l'orage : ça va barder, chouette.
Pendant au moins deux décennies, les US ont appuyé les islamistes dans plusieurs endroits du monde, en Algérie, en Afghanistan, au Pakistan... Et puis le 11/9 leur a explosé en pleine figure. Israël a favorisé l'essor du Hamas contre l'OLP avant de découvrir qu'il y a tout de même quelques inconvénients à cela. Aujourd'hui, c'est l'Arabie saoudite, ce cancer de l'Islam, qui découvre avec étonnement que cela peut se retourner contre elle aussi.
Série d'émissions consacrées à Henry Corbin sur France Culture. Jambet rappelle que Corbin a battu cette idée, depuis Renan, que la philosophie musulmane s'arrête à Averroès, ce que presque tout le monde croit encore. Mais précisément, Gobineau lui établit la liste des grands philosophes iraniens jusqu'à ses contemporains. Mais c'est Renan que l'on a cru, preuve qu'il ne sert à rien de multiplier les preuves éclatantes, d'aller voir sur place et d'en revenir en racontant ce que l'on a vu, l'idée générale que le monde se forge sera toujours celle que le monde veut entendre.

Gobineau et l'Iran

Sur le christianisme local, qu'il juge d'une "ignorance effrayante" :

"Quand, par un grand hasard, il m'est arrivé de rencontrer un prêtre chrétien indigène qui s'occupât, outre le soin exagéré de ses intérêts temporels, de quelques questions plus élevées, j'ai constaté qu'il était soufy. Rien de plus simple."

Ce qui m'amuse aussi, c'est finalement que mon propre syncrétisme, on ne peut plus vague et fourre-tout, est totalement adapté.

Ketman et mètis

Un peu avant ça je fais mon miel d'un passage concernant la "dissimulation", la taqiyah chiite qu'il appelle Ketmân.

"C'est là ce que la philosophie asiatique de tous les âges et de toutes les sectes connaît et pratique, et que l'on appelle le Ketmân. Un Européen serait porté à voir dans ce système, qui ne rend pas seulement la réticence indispensable, mais qui détermine l'emploi du mensonge sur la plus vaste échelle, il y verrait, dis-je, une situation humiliante. L'Asiatique, au rebours, la trouve glorieuse. Le Ketmân enorgueuillit celui qui le met en pratique. Un croyant se hausse, par ce fait, en état permanent de supériorité sur celui qu'il trompe, et fût pour ce dernier un ministre ou un roi puissant, qu'importe, pour l'homme qui emploie le Ketmân à son égard, il est, avant tout, un misérable aveugle auquel on ferme la droite voie, qui ne la soupçonne pas : tandis que vous, déguenillé et mourant de faim, tremblant extrérieurement…
Contre cette islamophobie fatigante et en générale d'une ignorance crasse, qui court un peu partout en ce moment et notamment sur la blogosphère, et aussi contre ceux qui sont persuadés de la supériorité de la culture judéo-chrétienne en feignant de ne pas voir que le rameau abrahamique a trois branches, je tombe sur ce texte, amusant quand on en connaît l'auteur :

"Il est difficile de partager l'opinion de ceux qui veulent montrer dans le dogme mahométan un empêchement direct au développement intellectuel. Le contraire semblerait plus soutenable. Une religion qui a prononcé cette formule :"l'encre des savants est plus précieuse que le sang des martyrs", qui assure que chaque homme, au jugement dernier, sera examiné sévèrement sur l'usage qu'il aura fait de l'intelligence à lui départie, qui a vu depuis sa naissance au VII° siècle jusqu'à la fin du XVI° siècle, pour ne pas descendre plus bas, une telle prospérité matérielle soutenue et ent…
La voix de Vladimir. Déchirante, rageuse, rauque, épouvantablement et merveilleusement sortie des tripes. Cette voix-là c'est comme s'il était vraiment tous ces personnages, le soldat russe de 42, le boxeur K.O, celui qui croupit dans un hôpital soviétique des années 70, le taulard.... Vladimir est un des plus grands chanteurs du 20° siècle, et ici personne ne le connait.


Les cabans noirs

Nous avons laissé derrière nous des défaites, des crépuscules
Si seulement il y avait eu un envol insignifiant, même insivible.
Je veux croire que nos cabans noirs
Me permettront aujourd'hui de voir l'aurore.

Aujourd'hui on nous a dit devant les gens :"Mourez héroïquement !"
On essaiera, d'accord ! On verra comment ça tournera.
Mais j'ai pensé en fumant des cigarettes qu'on m'avait passées :
Chacun fait ce qu'il peut, moi ce que je veux, c'est voir l'aurore.

Un commando spécial, c'est un honneur spécial pour un sapeur.
Ne me tombez pas des…