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Affichage des articles du juin, 2003
Voilà c'est fini, maintenant je vais faire un tour.
Allons, ce Bloomsday ne se sera pas si mal déroulé. Si c'est un jour à voeu particulier, j'aimerais qu'Athéna nous prépare des retrouvailles et se mette à arrêter un peu les heures lors d'une certaine nuit. Après tout, il ne s'agit que d'un grain de sable à glisser dans l'agencement des sphères mobiles ou bien que nous gagnons le ciel des Fixes. Loin d'eux, oui. Une terre enfin où se fixer, même entre deux départs, entre deux errances, oui. Une aire, un palais céleste, une cahute, le ponton d'un navire incertain, une halte de caravane, ou le jardin de roses enfin gagné, oui.
J'aimerais parfois que ce que je couche sur le journal ne puisse plus exister en réalité de ce fait. Ou demeure toujours, c'est selon. J'aimerais pouvoir écrire ce journal comme un roman, en en maîtrisant la fin. Et le milieu aussi. Quand j'étais au lycée, vers la fin de l'année, j'étais toujours à cours de feuilles et de cahier pour les cours. Flemme ou distraction, je n'en achetais jamais assez pour finir l'année. Par contre j'avais toujours mon journal sur moi. J'en arrachais des feuilles pour noter un cours, parfois pour en passer aux autres, tout aussi à cours. Comme on avait étudié en français La Peau de Chagrin, je me disais pour rire que c'était des jours de ma vie que je gaspillais ainsi, que j'arrachais de moi. Comme je n'en suis pas arrivée au bout, comment savoir ?
Huitième heure.

ça sent la quille, enfin !
Ecoute de la symphonie héroïque, en écrivant. Non que je m'y crois à ce point, mais c'est le programme radio. Un jour il faudra que j'éclaircisse pourquoi je déteste presque tous les Romantiques de toutes les disciplines, mais pourquoi j'aime Beethoven plus que certains classiques. Alors même que je vois bien tous ses côtés ridicules, emphatiques, qui m'énervent tant chez les autres, et qui chez lui, sont à la puissance dix. Il s'y croit, Beethoven. Pas une dose d'humour, pas une once de détachement, pas beaucoup de moquerie. Un génie sérieux. Mais lui je l'aime bien, oui.
Maintenant l'écriture se fait poussive. Vagabondage mental, je regarde trop souvent par la fenêtre. Je ne suis pas fatiguée, mais j'ai la bougeotte. Mentalement fatiguée et psychiquement reposée, difficile à expliquer, ça.
Je ne me suis pas relue. Je ne sais pas si je le ferai. ça n'aura pas grand intérêt, d'ailleurs je ne re…
J'adore cependant cette idée de passer le Bloomsday à écrire. D'habitude je le fête au whisky irlandais. Là c'est une autre façon, autre logorrhée pour célébrer la Logorrhée des Logorrhées. Après je serai soulagée d'en avoir finie et je pourrais me taire ou presque durant un mois. J'adore me donner à fond dans une activité et subitement, du jour au lendemain, passer totalement à autre chose, sans aucune préparation, avec cette indifférente passion que je traîne en moi, d'aventures en aventures. Peut-être qu'un jour j'arrêterais ces voyages. Non parce que je m'en serais lassée, mais qu'ils ne m'apprendront plus rien sur moi. Mais je crois que je ne rangerai jamais. Il me faudra alors entamer autre chose, un autre cycle, un autre apprentissage. Car c'est bien d'apprendre que j'ai la passion. Me lancer dans n'importe quoi qui m'enrichisse, émotion ou savoir, chasser la connaissance comme ces galions chargés d'or qui se b…
Même pas mal au dos (je touche du bois, je me choque le crâne). Un peu moulue des bras, mais rien d'autre. Tant mieux, je ne me voyais pas passer le mois en civière. C'est peut-être parce que j'écris sans passion. Quand ce que j'écris me passionne, je me contracte, toujours, sans y penser. Là, non, relax, l'écriture bof.

Je me calme, cela dit. Le flux se tarit. Je rêvasse plusieurs secondes devant les touches de mon clavier. Et du coup, l'heure va couler plus lentement. Le Temps, j'en suis sûre, ne fera jamais rien que me contrarier. Je n'y pense pas comme un phénomène objectif mais comme un génie malin, capricieux, odieux, ou bien doté d'une intelligence particulière qui nous chicane là où ça nous irrite le plus. Le Temps ne coule jamais comme je voudrais. Ce n'est pas moi le chef d'orchestre, dommage.

Est-ce que je me suis davantage dévoilée sur huit heures d'écriture ? Je ne crois pas. Je ne pense pas que l'écriture dévoile, je p…
Septième heure.

L'avant-dernière heure. Quelle joie. J'aimerais qu'elle coule plus vite, mais sans doute la huitième sera-t-elle encore plus longue. Alors qu'il me semblerait naturel, que le temps coule plus vite sur la fin, comme le fait le sablier. Mais plus ça va plus mon contentement grandit. Finalement j'ai beaucoup de plaisir à faire des trucs complètement idiots. Idiots et difficiles, sans cela, rien ne compte.
Maintenant l"heure est paisible. Tout à fait silencieuse. Encore un thé. Un thé fumé noir, aux relents de poisson. Toujours sans sucre, le thé. L'étonnement des indigènes là-bas, "tu bois ton thé amer ? Tu as du diabète ?" Il faut dire que leur thé est dégueulasse, alors ils y mettent la moitié de sucre. Ou un bien un morceau comme un petit caillou blanc et dur entre les dents et ils boivent au travers, ce qui m'a toujours évoqué des idées de caries dentaires foudroyantes, mais j'ignore s'ils y sont plus sujets que moi…
Le mot de Joyce à l'annonce de la guerre, en 1940 : "Ils feraient mieux de lire Finnegans Wake (Ou était-ce Ulysse ?). En tous cas la leçon était bel et bien dans Finnegans Wake, sortir du cauchemar de l'histoire, et que tous s'en retournent dans l'origine Anna Livia.
Que vivent les indifférents. Car ils sont peu ceux qui peuvent être à la fois passionnés et lucides, enthousiaste et méfiants.
S'engager dangereusement, à fond, sans s'épargner physiquement, oui, mais comme une hygiène mentale, ne jamais prendre cela au sérieux, pas plus qu'un Grand Jeu de Kim. On a assez de journalistes et d'intellectuels pontifiants comme ça.
ça doit être pour ça que j'ai un faible pour les périodes décadentes, celle où tout fout le camp, où l'on clame "que les Barbares entrent s'ils veulent, laissez-nous nos jeux !" Donc le Bas-Empire contre l'époque augustinienne, l'Ere des tulipes contre le règne de Mehmet II, le XV° siècle français…
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Emission sur Lartigue. Reproches ouverts qu'on lui fait de son "désengagement", ce côté héros de Fitzgerald avec lequel il traverse les guerres. Mais pourquoi un artiste doit-il rendre compte aujourd'hui de son "engagement", comme au 17° siècle l'Eglise pouvait s'inquiéter de la piété d'un peintre ? S'engager à tous prix ? Il y a tellement d'imbéciles qui l'ont fait, entre les bataillons de plumitifs qui canonnaient leur patriotisme en 14-18, les chantres de la révolution noire et du renouveau fasciste, les thuriféraires du stalinisme, et aujourd'hui les pro, les anti de tous poils, je trouve reposant qu'il y ait de temps à autre, des âmes entièrement désengagées, indifférentes. Et même je trouve qu'il n'y en a pas assez. C'est de l'enthousiasme que naissent les mondes totalitaires, pas des indifférents blasés.

Eloge de l'Indifférence.



L'Indifférent, de Watteau, par exemple. Evidemment pas engagé pour un…
Sixième heure.

L'heure du thé. L'heure la plus nonchalante pour moi et donc la plus difficile pour travailler. Normalement c'est l'heure méditative, musique calme ou silence, sirotement, se recentrer soi-même en phase de paix intérieure (pas toujours simple). Il va donc falloir que j'écrive cette page comme en état de méditation détachée, sans aucun jet volontariste.
Le milieu de journée est le plus blanc, le plus figé. La méridienne. L'heure de la sieste. Après, vers trois heures, tout se ranime. Quatre, cinq heure, c'est l'explosion de vie diurne ultime avant le soir.
Mon heure préférée ? Cinq heures de l'après-midi. Cet éclat doré particulier du soleil oblique sur les pierres des murs, c'est l'heure où la couleur du temps est la plus riche en résonances, avec des vibrations secrètes de turquoise.
C'est aussi l'heure libre, fin du travail, fin de classe, le temps à soi juste avant le retour en famille, les obligations alimentair…
Bizarre d'ailleurs que j'ai l'air de déprécier le mouvement après avoir fait l'éloge du voyage. C'est que je crois que le voyage sert à se poser d'un point à un autre. C'est-à-dire de varier les lieux d'immobilité. J'aime ainsi énormément glander toute une journée à l'hôtel, ou à une quelconque terrasse, à bavarder toute la journée au milieu d'un ravissant paysage que les touristes vont s'exténuer à parcourir en tous sens, luisant de coups de soleil et de crème anti-UV. Il faut voir par ailleurs le regard noir que l'on s'attire dans ces moments-là. Pas les hôteliers, ils sont ravis et au bout d'un moment, considérant que n'étant visiblement pas touristes, nous sommes donc invitées, nous finissons par être royalement traitées. Mais les touristes ! Ceux qui ont payé pour être ici, et qui veulent en avoir pour leur argent, tout juste s'ils n'envisagent pas de se faire rembourser les journées sans soleil, ceux-là nous…
Autre constante, ma tension perpétuellement basse. Si je fais 12/6 c'est le max. 11 la plupart du temps. Un jour un toubib alarmé m'avait filé un médoc qui m'avait fait monter à 13. Je crois que je n'ai jamais été plus mal de ma vie. C'était comme si j'avais été cuite, mais en même temps avec la gueule de bois par-dessus. Les médecins occidentaux sont souvent un peu bornés question normes physiologiques.
J'aime aussi le beau temps quand je ne sors pas parce qu'il me semble que j'en profite mieux en le ressentant à distance. Je ne crois pas que suer sous le soleil, que ce soit à pied ou en vélo soit la meilleure façon de humer par tous ses sens les effluves de l'été. Par une perception détachée - chant d'oiseau fragmenté, brise brève qui amène aux narines l'odeur des oeillets d'Inde, silence soudain des arbres et de leur bruissement quand le vent tombe à midi - est-ce qu'on n'appréhende pas ce qui fait la beauté d'un jour …
Cinquième heure.

Voilà. La moitié de cette journée est passée. J'ai par ailleurs l'impression de faire un truc aussi ridicule et concon que ces records style l'Atlantique à la rame ou à la petite cuillers ou Paris-Pékin à cloche-pied. Le genre de machin débile uniquement pour se dire "je l'ai fait." Ouais, j'aurais fait mes classes.
Le moment où je bouclerai ce récit sans bruit ni fureur mais peut-être contée by an idiot, j'en serai ravie. Voilà, c'est pour cela que l'on s'inflige des épreuves avec tant de masochisme, c'est pour vivre l'intense plaisir d'en avoir terminé. Après cela, faire le tour du pâté de maisons, ce soir, me semblera exceptionnellement délicieux.
A part cela, je suis ravie qu'il fasse si beau. Rester à ce clavier alors que la pluie tombe m'aurait considérablement déprimée. ça ne me gêne pas du tout de voir le beau temps à ma fenêtre, cela me donne beaucoup de vigueur au contraire, alors que la plu…
Quatrième heure (fin).

Tout ce que je sais c'est qu'un jour, je me suis trouvée pour la première fois en harmonie avec moi, en bon entente avec mes jours; et que même si cela finit très mal, (on prévoit toujours les plus misérables vieillesses aux aventuriers imprévoyants, voir Casanova) je m'en trouverais très bien. Le comble de la misère ? être enfermée dans une vie qui ne me convient pas. Manquer son destin, quoi. Grands bonheurs, grandes douleurs, oui, qu'importe si tout cela vient vraiment de moi.
J'ai donc attendu patiemment que jeunesse se passe, je ne l'ai pas vécue en fait, je crois que j'ai commencé par la fin, en apparence rangée et assagie dès 25 ans, et à 30 me préparant au départ, et plus cela va plus je rajeunis, moins ma situation est sûre, moins ma vie est raisonnable, matériellement incertaine, et c'est peut-être pour ça que je mets si longtemps à vieillir physiquement. Je suppose que le jour où l'on me donnera plus de 30 ans c'…
Donc j'étais sûre qu'un jour je partirai. J'ai pourtant commencé par vivre comme tout le monde, et même beaucoup plus sagement, quoique avec toujours le petit détail qui un jour aurait son importance, comme un envol à préparer. Mariée à 26 ans, certes, mais avec un oriental, et donc une langue à apprendre, et puis des relations, des liens, un engagement politique qui se fait sans l'accord du mari, et puis d'un coup, amarres larguées, plus moyen de revenir. Un jour, je me suis aperçue que j'étais passée de l'autre côté, que je n'avais plus les réactions des gens d'ici, que je ne livrais plus de moi que le minimum, que même sans m'en rendre compte, chaque mot que je disais, écrivais, était pesé, filtré, éprouvé, de sorte à me livrer le moins possible. Que chaque rencontre était estimée avec une méfiance non pas péjorative mais réglementaire si je puis dire, "en quoi celui-ci ou celle pourrait me nuire au cas où ?" Et que soudain les gens…
Pourquoi j'aime l'Orient ? Je ne suis pas sûre de tant l'aimer, ce n'est pas une direction que j'ai choisie, c'était une orientation de départ, inscrite dans l'ADN. J'ai dit qu'il fallait d'abord déterminer si l'on était sédentaire ou voyageur. Une fois la seconde option identifiée, il faut ensuite trouver son orientation, son pôle d'attraction. Les oiseaux aussi n'ont qu'une direction inscrite en eux, Est-Ouest, Nord Sud, Sud-Est, Nord-Ouest... jusqu'à l'incroyable pétrel des tempêtes qui " se fait" les deux pôles chaque années. Bref, si aujourd'hui le Sud est en vogue, et si l'Ouest fait rêver, moi je suis orientée à l'Est. Toujours. Fan de Mowgli, j'ai d'abord rêver d'Inde. Puis de Mésopotamie et de Grèce (classe de 6°). Avant ça il y eut le Pays où l'on arrive jamais d'André d'Hôtel qui étudié en lecture au CM2 m'a sans doute faite comprendre que ma bougeotte était là …
Quatrième heure.

Ce qu'il y a de bien dans les Préludes (Praëludium) Chorale et autres oeuvres de Buxtehude, c'est que les écouter à la suite les uns des autres, me fait penser à cet exercice de style là : variation sur des thèmes qui eux-aussi n'arrêtent pas de changer, pour finir par se changer en une incantation monocorde et monotone. Le genre de litanies qui doit s'écouter avec une oreille bien entraînée, le genre de monologue illisible et fatiguant. De l'inintérêt des performances, sans doute. C'est tout de même drôle de faire quelque chose de très inutile et de très fatiguant moi qui rechigne si souvent à accomplir des tâches bien plus utiles et toutes aussi chiantes. Tout ce qui est gratuit me plaît davantage. Faire ça pour rien, cette grande machine, histoire de vérifier que l'on peut écrire aussi longtemps qu'on le souhaite sans interruption, de même que les fous sont capables de parler encore plus longtemps. Il est vrai qu'un fou étant so…
Maintenant, milieu de matinée, plus beaucoup d'ombre, plus beaucoup d'oiseaux. Plus beaucoup de bruit non plus. Le lundi matin l'espèce humaine, cloîtrée dans ses bureaux, vous fiche la paix.
Le vide de cette écriture va bien avec l'inanité de cette journée de pré-été. J'ai, chaque année, depuis l'adolescence, l'impression que le 21 juin sera une date spéciale. Que ce jour ouvre sur quelque chose. Que l'annonce de l'été est l'annonce de la Tragédie. Peut-être à cause de cette version filmée des Perses d'Eschyle où l'on voyait les acteurs masqués et immobile, faire des gestes hiératiques devant une mer scintillante et parmi des pierres blanches que l'on imaginait aveuglantes de soleil, je n'imagine pas qu'une tragédie grecque se déroule sous la pluie. ça s'est shakespearien, romantique, nordique, mais en Méditerranée la mort et les mouches de la mort naissent du soleil. Et midi sans ombre me fait toujours lever le nez pour…
Troisième heure (suite).

Pourquoi je me parle ? Et en 36 langues différentes en plus ? Mystère. Les gosses font ça, cela n'est jamais passé. Ai-je jamais été enfant ? Je me demande. Comme Baudelaire, je peux dire quelquefois "j'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans". Mais je crois que j'étais comme ça déjà en naissant. Si j'avais vécu en pays bouddhiste ou hindouiste on m'aurait probablement déclaré incarnation de je ne sais quel guru et on m'aurait mis à la tête d'un ashram. Je ne détesterai pas, encore aujourd'hui, diriger un monastère tibétain. Je ne détesterai pas vivre le restant de mes jours dans un monastère tibétain. Il ne me faut pas une profession normale. C'est comme "Armen" ce journal d'un écrivain qui fut gardien de ce phare avant que tout s'automatise. C'était le seul à ne pas souhaiter revenir à terre une fois par mois. Incompréhension de ses collègues, gardiens de phare moins atypiques, eux.…
Troisième heure.

ça y est d'écrire autant la tête me tourne. C'est bien, c'est comme un dhikr, mâchonner 99 noms jusqu'à ce que la tête tourne, tourner réellement sur soi jusqu'à ce que le sol tangue, c'est toujours la même technique, la même recherche de la transe chamane. Il faut croire que les mystiques ont une affection particulière pour le mal de mer. Moi écrire trop m'a toujours tourné la tête. C'était la même chose en dissertation, en examen, quand il fallait gratter quatre heures. Je finissais toujours une heure avant mais entre le moment où je griffonnais un vague plan et celui où je recopiais un peu plus au propre ma conclusion, je ne sortais pas de mon monde durant trois heures. Je crois que j'écris avec mes nerfs. D'ailleurs, au sortir de quatre heures de dissert, j'avais souvent les muscles fatigués de s'être tant contracter. Cela me fait penser à ses gens dont on dit qu'ils se battent avec leurs nerfs plus qu'avec …
Deuxième heure, suite et fin.

Mourir à Samarcande. C'était cela mon idéal. Née à Sarcelles, Val d'Oise, le départ n'était pas de bon augure. Sur un passeport, il y a des villes plus prestigieuses. Mais tout peut être rattrapé par la ville de décès. Pour moi il a été longtemps essentiel de ne pas mourir à l'endroit où je serai née. Ce qui faisait ricaner mon psy, (les psy sont toujours plein de bon sens) : "ce qui compte, c'est ce que vous avez fait entre temps, non ?" J'y réfléchissais. Valait-il mieux, après avoir fait toutes les routes, tous les continents, mourir à son point de départ ou bien après une vie passée au même endroit, s'en aller mourir dans le pays le plus improbable, le plus étranger à son destin ? Le bon sens, oui, incline toujours vers la première solution. Mais il me semblerait alors que mon point de départ me rattraperait, que tout ce que j'aurais vécu entre temps n'aurait été qu'illusion, un intervalle sans poids. …
Deuxième heure, suite.

Le voyage est une activité qui ne peut être universellement partagée. C'est pourquoi les tour-operator qui viennent polluer les pays les plus vierges me font soupirer. Ce n'est pas si grave. J'en ai croisé de ces touristes dans les coins les plus improbables. Ainsi il faudra noter, un jour, qu'il y a peu d'endroits, hormis les zones de conflit les plus criantes, qui n'aient jamais vu passer aucun touriste japonais. Et que les Japonais ne voyagent pas toujours en groupe, loin de là. Mais entre le voyageur et le touriste il n'y a pas grand-chose en commun, sauf peut-être un mépris ténu. Ce n'est pas grave. Les hommes sont comme les oiseaux, divisés en sédentaires et nomades, c'est-à-dire en espèces migrantes et sédentaires. Le tout est de savoir très tôt de laquelle on relève. Les sédentaires seraient sans doute plus heureux de suivre leur nature, de passer de longues vacances tranquilles à la campagne, comme on faisait alors da…
Deuxième heure.

La route. Toute cette enfance et cette adolescence passées à m'ennuyer m'auront appris à voyager. En voyage il faut savoir s'ennuyer et rêvasser, entre deux éclats de paysages, deux mots d'une langue apprise au hasard des gares routières, des aéroports, deux étapes de villes rêvées, mythiques, enfin découvertes, jamais décevantes, quelle que soit la distorsion entre son aspect actuel et sa légende. Jamais la réalité ne m'a déçue. Et plus une ville rêvée, illustre, destinations quasi-imaginaire, s'avère banale, grisâtre, poussiéreuse, provinciale (les anciennes capitales de légende, en Orient, finissent toujours par prendre l'aspect d'une sous-préfecture agricole), plus cette arrivée m'enchante. C'est signe qu'il y a beaucoup à en tirer. Prendre son temps et ses habitudes. Descendre toujours au même hôtel, aller toujours prendre son petit-déjeuner au même tchaikhane, se faire le même restaurant le soir, choisir invariablement…
Le samedi après-midi, il fallait jouer. Parfois c'était ennuyeux, le samedi matin, c'était le jour où l'on prenait un livre à la bibliothèque scolaire, j'avais envie de le lire, tout de suite, un des Tout l'Univers dont je raffolais, une histoire de péplum, un signe de piste. Non, s'il faisait beau il fallait en "profiter" pour jouer. Et puis je n'allais pas lire en un après-midi ce livre, alors que c'était "pour la semaine". Parfois j'ai eu l'impression de passer mon temps à lire vite avec le souci latent que décidément je lisais trop vite et que je ne savais pas faire durer. Des fois, "jouer avec les autres", c'était bien aussi. Des fois je réussissais vraiment à m'amuser et ça me donnait bonne conscience.
Le dimanche matin les devoirs. Le français vite expédié, la rédaction, souvent un plaisir, qui durait une matinée, écriture du premier jet, lecture à mon père, correction après ses avis, réécriture, et p…
Première heure (suite).

Quand j'étais enfant, il en était ainsi du dimanche matin. Le dimanche matin était joyeux (il y eut cependant une époque où se lever pour aller à la messe gâchait un peu ce plaisir. Il n'y avait que le mercredi à offrir une matinée sans souci). Le dimanche matin était clair. Il y avait les devoirs, bien sûr, le samedi après-midi était réservé pour jouer, il y avait une vertu dans les jeux du grand air, se dépenser, avaler de l'oxygène (nous visions en bordure de forêts ça ne manquait pas) à laquelle les parents croyaient dur comme fer. Probablement une réminiscence des directives de l'Institut Pasteur que l'on peut voir reproduit dans la station de métro du même nom : se laver les mains, ne pas cracher par terre et vivre le plus possible au grand air. A l'époque, on livrait les gosses à eux-mêmes, on ne courait pas d'un cours de gym à un cours de sport, d'une "activité" à l'autre. On jouait. On s'ennuyait aussi.…
Première heure.

majestueux, le mois de juin ? oui, non, pas encore. Entre printemps et été, entre foin et roses. L'apogée solaire du 21 et puis pfft, la fin, l'amorce de la fin, déjà, dès le 22. L'été n'est pas une saison solaire, c'est l'annonce de la mort du soleil. Un peu comme une naissance qui n'est pas une annonce de vie mais l'annonce d'une mort annoncée. Un battement de coeur ne prédit que le battement.
J'aime cette chaleur lourde et sombre, mêlée de la fraîcheur des arbres, qui fonce encore le pourpre des fleurs. Le pourpre des fleurs a toujours quelque chose de vénéneux. De fascinant, aussi. Comme la belle couleur du sang.
J'aime la chaleur encore timide du soleil matinal. Celui qui se fera brute écrasante bien avant midi est pour le moment doux et câlin comme un jeune chat. Et la brume qui monte des arbres.
Extrait d'une émission radio sur la série des Martine de Marcel Marlier. Je dois dire que ça ne me passionnait guère, je trouvais ça un peu fadasse. Mais alors si j'avais su, je m'y serais drôlement intéressée ! Apparemment, c'est un vrai procès en sorcellerie que les bonnes âmes bien-pensantes du psychanalo-féminisme lui isntruisent.

Alors, tenons-nous bien, voici les principaux griefs exposés que j'ai noté tout de suite pour ne rien en perdre :

1/ dans certains albums on voit la petite culotte de Martine = crypto-pédophilie.
2/ à 8-10 ans, visiblement elle n'a pas de "projet professionnel" = sexisme (faire de la montgolfière ne rentre pas dans les projets professionnels qui émancipent une femme, ça ne compte pas).
3/ elle est trop "féminine" = faudrait-il empêcher les gamines de minauder un ruban dans les cheveux ? moi on m'a fait suer parce que j'étais garçon manqué -syndrome Claude du Club des Cinq,j'avais d'autres lec…
LONDRES (Reuters) - Des sièges d'avion dotés de capteurs pourraient bientôt informer les équipages si un passager présente des signes de nervosité.

Je me demande si un avion pourra jamais décoller avec moi dedans.
L'allegro du concerto l'Empereur. Toujours le côté pom pom pom de Beethoven, et puis l'orchestre se taît et seul le piano continue, et alors ces notes fragiles et cristallines, non pas comme une comptine mozartienne, ces notes qui serrent le coeur, encore plus en clair-obscur que Mozart.
Références.
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"Certes, c'est parce que la victoire est incertaine et que les jeux se déroulent dans un espace ouvert, qu'Athéna "médite", mais, cette fois, au sens grec de mêdesthai qui participe étroitement de l'activité intellectuelle de la mètis. Appuyée sur la lance, la tête inclinée vers la borne qui marque la ligne de départ, l'Athéna de l'Acropole est l'image non de la Raison, mais de la Prudence, de la phrônesis, cherchant à prévoir les péripéties du parcours et tout occupée à "penser" la course qu'elle va disputer."


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"Corneille de mer" comme la déesse blanche, Leucothéa, l'Athéna de la mer n'apporte pas au navigateur un salut absolu autant que mystérieux; son action ne s'affirme pas davantage dans le jeu contrasté du noir et du blanc qui caractérise l'intervention des Dioscures. Qu'elle se tienne aux côtés du pilote pour lui ouvrir un chemin sur la mer ou qu'elle dépêche l'oiseau, instrument efficient du franchissement des gouffres, Athéna se manifeste dans le monde marin par l'exercice d'une intelligence navigatrice qui sait tracer sa route droit sur la mer en rusant avec les souffles et la mouvance des flots."


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"Ulysse et Athéna s'entendent comme larrons en foire. C'est elle-même qui se plaît à le lui rappeler, au moment où, sans le savoir, Ulysse vient d'aborder aux rivages d'Ithaque. Athéna, qui veut éprouver la mètis de son protégé, prend l'apparence d'un adolescent et lui révèle le nom du pays dans lequel il vient de se réveiller. Aussitôt, pour ne pas se trahir, Ulysse lui forge quelques belles menteries : "Jamais en son esprit les ruses ne manquaient." Athéna l'écoute en souriant : "Quel fourbe (kerdaléos), quel larron (epiklopos), quand ce serait un dieu, pourrait te surpasser en ruses de genres!... Tu rentres au pays et ne penses encore qu'aux contes de brigands, aux mensonges chers à ton coeur depuis l'enfance... Trêve de ces histoires ! Nous sommes deux au jeu : si, de tous les mortels, je te sais le plus fort en calculs et discours, c'est l'esprit (mètis) et les tours (kerdê) d'Athéna que vantent tous les dieux.&q…